Private equity : les mégafonds raflent tous les capitaux
KKR, EQT, Blackstone : dix maisons captent désormais le quart des capitaux du capital-investissement. En cause, des caisses de retraite devenues trop grosses pour financer les petits fonds. Résultat : le capital ne va plus au gérant le plus performant, mais au plus gros, et il rachète des pans entiers de l'économie du quotidien.

Le fait
KKR, EQT, Blackstone : trois maisons, 386 milliards de dollars ramassés à elles seules en cinq ans. Elles occupent le podium du classement PEI 300, qui recense les plus grands fonds de capital-investissement, ces sociétés qui rachètent des entreprises non cotées en Bourse, les gardent quelques années, puis les revendent. Les dix premières ont capté 854 milliards, soit le quart des 3 550 milliards levés par les 300 plus grandes maisons du secteur.

Pourquoi ça mérite attention
Cet argent n'appartient pas aux fonds. Il vient des caisses de retraite, des assureurs et des fonds souverains d'Amérique du Nord, d'Europe et du Golfe : de l'épargne longue, dont celle des futurs retraités. Or ces investisseurs sont devenus si gros qu'ils placent des tickets de plusieurs centaines de millions d'un coup. Impossible de confier une telle somme à un gérant qui en administre 300 au total : il faut un géant capable de l'absorber. L'argent remonte donc mécaniquement vers le haut du classement. Les fonds de plus de 5 milliards de dollars captent aujourd'hui près de 45 % des capitaux levés dans le monde, pendant que le nombre de nouveaux gérants recule d'environ 18 % par an depuis 2020.
La conséquence est très concrète. Un gérant assis sur des dizaines de milliards ne peut plus racheter de PME : pour écouler une telle somme, il lui faut de grosses proies. Blackstone gère 1 300 milliards de dollars, tous métiers confondus. Cliniques, crèches, logiciels d'entreprise, réseaux d'eau : ces fonds achètent des pans entiers de l'économie du quotidien, et une part croissante de l'épargne-retraite de millions de salariés dépend des décisions d'une dizaine d'équipes. Le capital ne va plus au gérant le plus performant, mais au plus gros.
Comment ces fonds transforment-ils de la dette en rendement, et pourquoi est-ce l'entreprise rachetée, jamais le fonds, qui porte le risque ? Le rachat par effet de levier (LBO), le rôle du general partner et le fameux carried interest sont expliqués pas à pas dans le Fondamental « Le private equity : mécanismes, rendements, controverses ».
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