La Chine travaille trois ans de plus. Et le monde va suivre.

Le fait

Depuis le 1er janvier 2025, la Chine a relevé pour la première fois en 70 ans l’âge légal de départ à la retraite. Les hommes passeront progressivement de 60 à 63 ans, les femmes cadres de 55 à 58 ans, les femmes ouvrières de 50 à 55 ans. La transition s’étalera sur 15 ans. En toile de fond : 297 millions de Chinois ont aujourd’hui plus de 60 ans, soit 21 % de la population totale. Sans réforme, la caisse de pension nationale était projetée à sec avant 2035.

Réforme des retraites en Chine : âge légal de départ par catégorie, avant et après la réforme de 2024

Source : Assemblée nationale populaire de Chine, sept. 2024

Pourquoi ça mérite votre attention

Les systèmes de retraite par répartition reposent sur un équilibre arithmétique simple : les cotisations des actifs d’aujourd’hui financent les pensions des retraités d’aujourd’hui. Cet équilibre tient tant que le ratio actifs/retraités reste stable. Or ce ratio s’effondre partout. En 1960, il y avait 7,2 actifs pour un retraité dans le monde. Aujourd’hui : 4,0. En 2050, les projections de l’ONU le situent à 2,8, et sous 2,0 dans les économies les plus avancées.

La Chine illustre un cas extrême : son vieillissement est accéléré par les séquelles démographiques de la politique de l’enfant unique appliquée de 1980 à 2016. Le taux de fécondité y est tombé à environ 1,0, bien sous le seuil de remplacement de 2,1. C’est l’équation la plus déséquilibrée au monde pour un pays de cette taille.

Toute réforme des retraites dans le monde tire sur les mêmes trois leviers : l’âge de départ, le niveau des pensions, le taux de cotisation. Il n’en existe pas d’autre. La question n’est jamais si ces ajustements auront lieu, mais qui les absorbe et quand.

La réforme n’est pas populaire. Elle a suscité une vague de critiques autour de l’équité intergénérationnelle et du sort des travailleurs manuels âgés, difficiles à employer après 55 ans dans un marché du travail qui écarte souvent les actifs dès 35 ans dans les grandes entreprises. Ce paradoxe n’est pas propre à la Chine : le Japon et plusieurs pays d’Europe du Sud se heurtent à la même tension entre âge légal relevé et employabilité réelle des seniors.

À partir de 2030, Pékin augmentera aussi la durée minimale de cotisation requise pour toucher une retraite complète : de 15 à 20 ans d’ici 2040. Âge et durée ajustés simultanément pour combler le même déficit structurel.

Pour aller plus loin

Ce qui se passe en Chine s’explique par deux logiques de financement opposéesrépartition et capitalisation, et par la façon dont chaque pays du monde tente d’arbitrer entre les deux face au vieillissementC’est l’objet du Fondamental : Les Retraites : Démographiefinancement et réformes. Les trois leviers de toute réforme, les deux modèles de financement et les réponses concrètes adoptées en Suèdeen Australie, au Chili, au Japon et ailleurs, pour décoder par vous-même chaque prochaine annonce gouvernementale. 

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Article rédigé par The Foundations – Les bases pour comprendre l’actualité


 

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