Le 16 mai 2025, Moody’s a abaissé la note de crédit des États-Unis de Aaa à Aa1. Standard & Poor’s avait fait de même en août 2011, Fitch en août 2023. Pour la première fois de l’histoire, les États-Unis n’ont plus le triple A chez aucune des trois grandes agences.
Le diagnostic de Moody’s est arithmétique. La dette fédérale dépasse 36 000 milliards de dollars, soit 122 % du PIB. Le déficit annuel s’est établi à 6,4 % du PIB en 2024, et le CBO le projette à 6,2 % en 2025.
Mais c’est un autre chiffre qui change tout : en 2025, les intérêts nets versés sur la dette atteignent 952 milliards de dollars, contre 886 milliards pour la défense nationale. Pour la première fois depuis les années 1990, le service de la dette dépasse le budget militaire.

Pourquoi ça mérite votre attention
Ce chiffre n’est pas qu’un symbole. C’est l’illustration d’un mécanisme que les économistes appellent l’effet d’éviction : chaque dollar versé aux créanciers est un dollar qui ne va pas aux routes, aux hôpitaux ou à la recherche.
Une dégradation de note n’est pas un jugement moral. C’est un signal sur la trajectoire d’un pays. Moody’s ne dit pas que les États-Unis vont faire défaut : ce scénario reste hautement improbable, notamment parce que le dollar demeure la monnaie de réserve mondiale. Dans son communiqué, l’agence écrit que la dégradation reflète « l’augmentation, sur plus d’une décennie, des ratios de dette et de charge d’intérêts à des niveaux significativement supérieurs à ceux de souverains notés de manière similaire », et que « les gouvernements et le Congrès successifs n’ont pas réussi à s’accorder sur des mesures pour inverser la tendance ».
Concrètement, une dégradation entraîne une hausse des taux auxquels l’État emprunte. Des taux plus élevés alourdissent la charge d’intérêts. Et une charge plus lourde creuse le déficit, qui doit à son tour être financé par de nouveaux emprunts. Le CBO projette que les intérêts nets franchiront le seuil de 1 000 milliards dès 2026.
La question n’est pas de savoir si les États-Unis peuvent rembourser leur dette. La question est de savoir combien de budget ils devront sacrifier pour la servir, et pendant combien de temps.
Pour comprendre comment fonctionne l’emprunt souverain, qui détient réellement la dette américaine, et à partir de quel seuil une trajectoire d’endettement devient un problème, lisez le Fondamental « La dette publique : fonctionnement et soutenabilité. »
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Article rédigé par The Foundations – Les bases pour comprendre l’actualité

