El Niño : des oscillations 36 % plus fortes qu'avant 1850
La moyenne mondiale monte, tout le monde le sait. Mille ans de coraux des Galápagos disent autre chose : l'amplitude des oscillations d'El Niño a gagné plus d'un tiers depuis l'ère préindustrielle. Pour tous ceux qui calibrent un risque sur l'historique, la ligne de base vient de se déplacer.

Le fait
Mille ans de températures de surface du Pacifique, saison par saison, tirés de carottes prélevées dans des coraux vivants et fossiles des Galápagos : c'est ce qu'a publié la revue Science le 27 août. Le relevé place la variabilité d'El Niño 36,5 % au-dessus du millénaire préindustriel, avec un décrochage concentré sur les quarante dernières années.

Pourquoi ça mérite attention
Le débat climatique se joue d'ordinaire sur une moyenne qui monte. Ici, ce n'est pas la moyenne qui bouge, c'est l'amplitude des écarts autour d'elle. El Niño-oscillation australe (ENSO) est le premier moteur des extrêmes climatiques d'une année sur l'autre : sécheresses, inondations, incendies, blanchiment des récifs, récoltes perdues, de l'Asie du Sud-Est à la corne de l'Afrique en passant par la façade pacifique des Amériques. Une oscillation plus ample, ce sont les mêmes régions frappées plus fort et plus souvent.
Le second enseignement porte sur la méthode. Les thermomètres ne remontent qu'à environ 175 ans : trop court pour distinguer une tendance du bruit dans un système dont les oscillations naturelles sont déjà énormes. Le squelette du corail, lui, enregistre chaque saison dans sa chimie. En allongeant la ligne de base à mille ans, puis en la confrontant à douze simulations du dernier millénaire, forcées par les éruptions volcaniques et la variabilité solaire, les auteurs montrent que le signal récent sort de ce que la variabilité naturelle sait produire.
L'enjeu est concret pour quiconque calibre un risque sur l'historique : assureurs, gestionnaires de barrages et de réseaux électriques, acheteurs de matières premières agricoles, planificateurs portuaires. Leurs modèles supposent une distribution stable. Si l'écart-type se déplace, le « une fois tous les cinquante ans » qui fixe les primes, les règles de remplissage et les normes de dimensionnement décrit un climat qui n'existe plus.
Pour comprendre pourquoi une variabilité qui s'élargit ne se traite pas comme une moyenne qui monte, lisez le Fondamental « Le changement climatique : science et projections. »
Vous y trouverez ce que le GIEC produit réellement, comment se lisent les scénarios SSP, et pourquoi un point de bascule cesse d'obéir à la règle du proportionnel une fois franchi.
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