Falaise des brevets : le vrai moteur des fusions pharma
Deux géants du médicament auraient discuté d'une fusion à 400 milliards de dollars. L'opération se comprend mal comme stratégie industrielle et très bien comme calendrier : chez l'un comme chez l'autre, la moitié des ventes repose sur des molécules dont la protection américaine expire en 2028.

Le fait
Le britannique AstraZeneca aurait engagé des discussions en vue d'une fusion avec l'américain Bristol Myers Squibb, selon le Financial Times du 2 août. Le rapprochement créerait un groupe pesant près de 400 milliards de dollars en Bourse, quatrième laboratoire mondial par la valeur boursière. Une source proche des groupes a depuis démenti toute discussion.

Pourquoi cette opération se lit dans un calendrier
Un laboratoire ne vend pas seulement une molécule : il vend un monopole légal à durée déterminée. Un brevet protège un médicament vingt ans à compter du dépôt, et des prolongations peuvent y ajouter jusqu'à cinq années. Une fois les essais cliniques déduits, il reste de douze à quinze années de vente exclusive pour une molécule chimique. À l'expiration, des copies arrivent bien moins chères : des génériques pour les molécules chimiques, des biosimilaires pour celles issues du vivant. Face à un générique, la chute est brutale : environ trois quarts du marché perdus en un an. Face à un biosimilaire, bien plus difficile à fabriquer, l'érosion est plus lente et souvent partielle.
C'est ce calendrier qui éclaire la manœuvre. Deux médicaments, l'anticoagulant Eliquis et l'immunothérapie Opdivo, ont pesé 24,5 milliards de dollars en 2025, soit la moitié des ventes de Bristol Myers Squibb. Leur exclusivité américaine s'achève en 2028, et celle d'Eliquis en Europe expire dès novembre 2026. Le phénomène dépasse un seul groupe : chez Merck, le seul Keytruda a représenté 31,7 milliards, près de la moitié du total, avec la même échéance américaine. Comme la recherche ne s'accélère pas sur commande, racheter un concurrent revient à acheter des molécules jeunes et, avec elles, du temps.
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