samedi 12 septembre 2026Français/English
Les fondamentaux derrière l'actualité.
The Foundations
LA BRÈVE
Sciences & Futurs · 3 août 2026

Falaise des brevets : le vrai moteur des fusions pharma

Deux géants du médicament auraient discuté d'une fusion à 400 milliards de dollars. L'opération se comprend mal comme stratégie industrielle et très bien comme calendrier : chez l'un comme chez l'autre, la moitié des ventes repose sur des molécules dont la protection américaine expire en 2028.

Falaise des brevets : le vrai moteur des fusions pharma

Le fait

Le britannique AstraZeneca aurait engagé des discussions en vue d'une fusion avec l'américain Bristol Myers Squibb, selon le Financial Times du 2 août. Le rapprochement créerait un groupe pesant près de 400 milliards de dollars en Bourse, quatrième laboratoire mondial par la valeur boursière. Une source proche des groupes a depuis démenti toute discussion.

Barres horizontales : chez Bristol Myers Squibb, 24,5 des 48,2 milliards de dollars de ventes 2025 proviennent d'Eliquis et Opdivo ; chez Merck, 31,7 des 65,0 milliards proviennent de Keytruda.

Pourquoi cette opération se lit dans un calendrier

Un laboratoire ne vend pas seulement une molécule : il vend un monopole légal à durée déterminée. Un brevet protège un médicament vingt ans à compter du dépôt, et des prolongations peuvent y ajouter jusqu'à cinq années. Une fois les essais cliniques déduits, il reste de douze à quinze années de vente exclusive pour une molécule chimique. À l'expiration, des copies arrivent bien moins chères : des génériques pour les molécules chimiques, des biosimilaires pour celles issues du vivant. Face à un générique, la chute est brutale : environ trois quarts du marché perdus en un an. Face à un biosimilaire, bien plus difficile à fabriquer, l'érosion est plus lente et souvent partielle.

C'est ce calendrier qui éclaire la manœuvre. Deux médicaments, l'anticoagulant Eliquis et l'immunothérapie Opdivo, ont pesé 24,5 milliards de dollars en 2025, soit la moitié des ventes de Bristol Myers Squibb. Leur exclusivité américaine s'achève en 2028, et celle d'Eliquis en Europe expire dès novembre 2026. Le phénomène dépasse un seul groupe : chez Merck, le seul Keytruda a représenté 31,7 milliards, près de la moitié du total, avec la même échéance américaine. Comme la recherche ne s'accélère pas sur commande, racheter un concurrent revient à acheter des molécules jeunes et, avec elles, du temps.

Pour comprendre ce que contient réellement un portefeuille de molécules aujourd'hui, lisez le Fondamental « Les biotechnologies et la santé. »

Vous y découvrirez comment CRISPR, la thérapie génique et l'ARN messager corrigent des maladies longtemps jugées incurables, pourquoi ces traitements se négocient en millions de dollars par patient, et où se déplace désormais la géographie de l'innovation.

Lire le Fondamental →

Sources et références

Financial TimesPresse
CNBCPresse
Bristol Myers SquibbOfficiel
Rapport annuel 2025 (Form 10-K) : sec.gov, ventes par produit et dates d'exclusivité
Bristol Myers SquibbDonnées
Résultats du quatrième trimestre et de l'année 2025 : sec.gov, chiffre d'affaires 2025 de 48,2 milliards de dollars
Merck & Co.Officiel
Rapport annuel 2025 (Form 10-K) : sec.gov, part de Keytruda et échéances de brevets
Merck & Co.Données
AstraZenecaOfficiel
Commission européenneOfficiel
Food and Drug AdministrationDonnées
Code des brevets des États-UnisOfficiel
Département américain de la Santé (ASPE)Données

Article rédigé par The Foundations. Les fondamentaux derrière l'actualité.

thefoundations.co

Newsletter

Cette Brève vous a plu ? Recevez les suivantes.

Nos meilleures analyses, une fois par semaine, gratuit. Sans compte.