Raffinage russe : pomper du brut ne fait pas du carburant
Les drones ukrainiens ne visent plus les puits mais les raffineries. En juillet, la Russie a traité moins de brut qu’à aucun autre moment depuis 2002, tout en continuant d’en extraire autant. Le brut part à l’export, le carburant manque à l’intérieur : deux marchés que presque tout sépare.

Le fait
Les raffineries russes ont traité 3,6 millions de barils de brut par jour en juillet 2026, le plus bas niveau depuis mai 2002 et environ un tiers sous la norme saisonnière. Dix-huit raffineries ont été visées par des drones ce mois-là, dont celle d’Omsk, la plus grande du pays, à plus de 2 500 kilomètres de la frontière ukrainienne. Kyiv décrit cette campagne comme des « sanctions à longue portée ».

Pourquoi ça mérite attention
Un baril de brut n’est pas un litre de carburant. Ce sont deux marchandises distinctes, vendues sur deux marchés distincts, et la raffinerie est le seul pont entre les deux. La Russie extrait toujours autant de pétrole : plus de 9 millions de barils par jour en juillet, soit environ 100 000 de plus qu’en juin. Ce qu’elle perd, c’est la capacité de le transformer en essence, en gazole et en kérosène. Le brut non traité repart donc vers l’export, pendant que les stations-service intérieures se vident.
Les décisions prises depuis racontent ce déséquilibre : interdiction d’exporter essence et gazole du 1er août au 31 janvier 2027, avec une exception qui rouvre le gazole aux raffineries mais pas aux revendeurs dès septembre ; autorisation de vendre jusqu’au 1er juillet 2027 des carburants aux normes Euro 2 à Euro 4, retirés du marché depuis 2013 ; discussions avec le Kazakhstan pour faire raffiner du brut russe à l’étranger.
L’enjeu dépasse un seul pays. Viser l’aval plutôt que l’amont, c’est frapper le maillon le plus concentré et le plus lent à remplacer : un puits se rouvre, une raffinerie se reconstruit en années, avec des équipements souvent sous embargo. Pour l’automobiliste russe, cela s’est traduit par des quotas à la pompe, de 30 à 50 litres d’essence par passage, que le premier réseau de stations du pays a commencé à lever début août dans treize régions. Pour tous les autres, l’effet se dédouble : le brut supplémentaire pèse sur le prix du baril, tandis que la pénurie de produits raffinés tend un marché du carburant lui aussi mondial. Signe du renversement, la Russie, exportatrice nette de carburants, en a acheté à la Corée du Sud en juillet.
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Vous y apprendrez pourquoi le pétrole sert de levier de puissance depuis les années 1970, pourquoi la volatilité des prix des matières premières est structurelle et non accidentelle, et quelles trois questions poser devant n’importe quelle actualité de ressources.
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