Rhin à 5 centimètres : la profondeur fixe le prix du fret
Le niveau du Rhin est remonté et les gros titres ont disparu. Le mécanisme, lui, reste en place : au point le plus étroit du fleuve, il faut environ 150 centimètres d’eau pour charger un bateau à pleine capacité. À la mi-août, il en restait cinq. Ce qui manquait n’était pas le fleuve, mais sa profondeur.

Le fait
Le 24 août au matin, l’administration allemande des voies navigables a relevé environ 60 centimètres à Kaub. C’est le point de contrôle du Rhin moyen. Le fleuve remontait vite : 75 centimètres dans l’après-midi. Une semaine plus tôt, le 17 août, la jauge était tombée à 5 centimètres, sous le précédent record de 25 centimètres, établi le 22 octobre 2018. Le niveau nécessaire pour charger un bateau à plein en ce point : environ 150 centimètres selon les opérateurs.

Pourquoi ça mérite attention
Kaub n’est pas une mesure de hauteur d’eau : c’est un prix. La lecture en centimètres fixe le tirant d’eau disponible, donc la quantité de marchandise qu’un bateau peut embarquer sans toucher le fond. À la reprise du trafic, fin août, certains bateaux ne repassaient Kaub qu’avec 700 à 800 tonnes, selon le type d’unité. Une barge de ce genre en transporte 1 500 à pleine charge. La cargaison ne disparaît pas : elle se répartit sur plusieurs bateaux, ou bascule sur la route. Le chimiste Covestro a fait le calcul : 60 camions pour remplacer une barge de 1 500 tonnes.
L’enjeu est là : le coût par tonne grimpe alors que rien n’a bougé dans l’usine ni sur le marché du produit. Ce surcoût se retrouve dans le prix des carburants, des produits chimiques, de l’acier et des céréales qui remontent le fleuve depuis Rotterdam. Au port de Duisbourg, les bateaux ne chargeaient plus qu’environ 20 % de leur cargaison habituelle le 21 août. Commerzbank a estimé qu’un étiage maintenu jusqu’à la mi-septembre aurait retiré environ 0,35 point de croissance trimestrielle à la première économie européenne.
Le Rhin n’est pas un cas isolé. Le Danube a battu ses propres records début août. Des centrales électriques qui puisent son eau de refroidissement ont frôlé l’arrêt, en Hongrie et en Roumanie. Le Mississippi, le Yangtsé et le canal de Panama ont tous imposé, ces dernières années, des restrictions de chargement. La ressource rare n’est ici ni un métal ni une énergie : c’est la profondeur. Un intrant gratuit, absent de toute comptabilité, dont l’absence se facture à la tonne.
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