Péage d’Ormuz : à qui appartient un détroit international
Un péage de 20 % sur chaque cargaison, soit 30 millions de dollars par supertanker : Washington entend faire payer le passage du détroit d’Ormuz. L’Organisation maritime internationale répond qu’aucune base légale n’existe. Le désaccord porte moins sur le pétrole que sur une question ancienne : à qui appartient une voie d’eau que personne n’a creusée ?

Le fait
Le 13 juillet 2026, Washington s’est déclaré « gardien » du détroit d’Ormuz et a annoncé un péage de 20 % sur toutes les cargaisons qui l’empruntent, soit environ 30 millions de dollars pour un supertanker plein. L’Organisation maritime internationale a répondu qu’aucune base légale n’existait pour un tel prélèvement. Le Brent a bondi de plus de 8 %, à 82 dollars le baril.

Pourquoi ça mérite attention
La distinction juridique tient en un mot : canal ou détroit. Un canal (Suez, Panama) est une infrastructure creusée, entretenue et financée par un État. Le péage y rémunère un service rendu : environ 155 000 dollars pour un supertanker à Suez. Un détroit, lui, est une voie d’eau naturelle. La convention des Nations unies sur le droit de la mer y garantit le « passage en transit » : un droit, pas un service, que l’État riverain ne peut ni suspendre ni facturer. Personne ne possède Ormuz, ni les États qui le bordent, ni la puissance navale qui le patrouille.
D’où la question de fond, qui dépasse le pétrole : que vaut une règle internationale quand aucun gendarme ne l’applique ? L’Organisation maritime internationale peut constater l’absence de base légale. Elle ne dispose d’aucun moyen d’empêcher quoi que ce soit. Le même mécanisme se rejoue depuis 1945 : des institutions conçues pour arbitrer entre les puissances, mais dont l’autorité s’arrête précisément là où commence celle des plus puissantes. Ce n’est pas une défaillance passagère, c’est le dessin d’origine.
Le précédent compte au-delà du Golfe. Une trentaine de détroits internationaux concentrent l’essentiel du commerce maritime mondial : Malacca, Gibraltar, le Bosphore, Bâb el-Mandeb. Si le passage y devient monnayable par celui qui tient la mer, ce n’est plus le droit qui fixe le prix du transport, c’est la puissance.
Pour comprendre pourquoi une règle internationale peut être enfreinte sans conséquence, lisez le Fondamental « Les institutions internationales : qui fixe les règles. »
Vous y apprendrez pourquoi un seul veto suffit à paralyser le Conseil de sécurité depuis 1945, comment 16,5 % des droits de vote suffisent à donner aux États-Unis un veto de fait au FMI, où les décisions majeures exigent 85 % des voix, et pourquoi les grandes puissances peuvent s’affranchir des règles qu’elles ont elles-mêmes écrites.
Lire le Fondamental →






