Fusion : 20 000 km de ruban supraconducteur par réacteur
Proxima Fusion engage 140 millions d’euros dans un projet d’usine de ruban supraconducteur. Son réacteur de démonstration en réclame 20 000 kilomètres, quand la capacité mondiale dépasse à peine 5 000 par an, toutes applications confondues. Le verrou de la fusion n’est plus la physique du plasma : c’est une capacité industrielle.

Le fait
Le 10 septembre, la start-up allemande Proxima Fusion a annoncé un protocole d’accord pour une usine à 140 millions d’euros, dont 21 millions apportés par le Land de Basse-Saxe. On n’y fabriquera pas de réacteur, mais du ruban : un feuillard supraconducteur large de douze millimètres, bobiné en aimants pour retenir le plasma. Le réacteur de démonstration en avalera 20 000 kilomètres. Une centrale commerciale, le double.

Pourquoi ça mérite attention
Mettez ce chiffre en face de l’offre mondiale. Une synthèse publiée dans la revue Superconductivity recense une quinzaine de fabricants sur la planète, pour une capacité annuelle dépassant 5 000 kilomètres de ruban de 12 mm de large, toutes applications confondues. Un seul réacteur de démonstration mobiliserait donc près de quatre années de tout ce que le monde sait produire. Quatre fabricants assurent plus de la moitié du volume : trois se trouvent au Japon et en Chine, la quatrième en Russie.
Le verrou a changé de nature. Pendant soixante-dix ans, la fusion butait sur la physique du plasma. Les aimants à haute température critique ont desserré ce blocage en rendant crédibles des machines compactes ; ils l’ont remplacé par un problème d’usine. Le nombre de réacteurs constructibles dans la décennie ne se déduit plus d’une équation, mais d’un carnet de commandes.
L’enjeu déborde la fusion. Le même ruban intéresse les réseaux électriques, l’imagerie médicale et les moteurs électriques : à 15 à 30 dollars le mètre, chaque kilomètre capté par un réacteur est un kilomètre retiré à ces usages. La conséquence est immédiate pour qui suit le secteur : toute date de mise en service annoncée avant 2035 se juge désormais sur une question d’approvisionnement, pas sur une performance de laboratoire.
Pour comprendre ce qui sépare une démonstration de laboratoire d’une centrale qui livre des kilowattheures, lisez le Fondamental « La fusion nucléaire : état de l’art et horizon »
Vous y apprendrez pourquoi le gain net obtenu en 2022 ne dit rien du rendement électrique réel, quels trois verrous restent ouverts (bombardement neutronique, production de tritium, Q électrique), et quels calendriers séparent le scénario optimiste du scénario probable.
Lire le Fondamental →






